Vengeance Hybride – Critique de Upgrade

par | Oct 7, 2018 | Critique | 0 commentaires

Upgrade – Leigh Whannell – 2018

Éternel complice de James Wan et Jason Blum, Leigh Whannell a multiplié les casquettes avant de se lancer dans la réalisation avec Insidious : Chapitre 3. Il revient aujourd’hui derrière la caméra avec Upgrade, un second film qui porte bien son titre puisqu’il s’impose en effet comme une énorme amélioration.

Deus Ex Machina

Producteur, scénariste, acteur… Leigh Whannell n’a pas chômer depuis le succès inattendu du premier Saw, dont il avait écrit le script et dans lequel il interprétait l’une des deux victimes de Jigsaw. Ce n’est que de nombreuses années plus tard, fort de son expérience accumulée aux côtés de ses amis James Wan et Jason Blum, qu’il réalise enfin son premier long métrage. Hélas, le médiocre Insidious : Chapitre 3 n’avait pas mis le monsieur sur les rails de la réussite artistique, même si le film n’avait rien de honteux en terme de mie en scène pure. Ce qu’il fallait donc à Whannell pour la suite, c’était un projet moins balisé, dans lequel il pourrait voler de ses propres ailes et ne pas se contenter de répondre aux poncifs d’une saga déjà arrivée à bout de souffle dés son second volet. C’est donc dans ce contexte que débarque Upgrade, un actioner cyberpunk nerveux et inventif qui affirme bel et bien la légitimité de Whannell en tant que réalisateur.

Dans un futur proche où la technologie a pris le dessus et où tout ou presque semble automatisé, Grey Trace (Logan Marshall-Green) mène une vie qu’il entend plus « simple ». Plutôt épanouis, il vit avec sa femme, beaucoup moins réticente aux nouvelles technologies (les deux univers des personnages sont d’ailleurs parfaitement exposés lors d’une séquence d’introduction efficace et remplie d’idées ingénieuses). Mais cette petite vie tranquille se voit chamboulée lorsque, suite à un événement tragique, Grey perd sa femme et finit paraplégique. Ne pouvant supporter de voir son existence contrôlée par des machines, et avec la promesse de retrouver le contrôle de son corps, il accepte de participer à une opération clandestine visant à lui implanter une puce électronique capable de reconduire les ordres de son cerveaux en mouvements corporels. Mais par la suite, Grey découvre vite que ce programme, dénommé Stem, lui offre bien plus que la simple possibilité de retrouver l’usage de son corps.

Sang et huile de moteur

À la croisé de Terminator et Un Justicier dans la Ville, Upgrade utilise souvent avec brio le potentiel de son concept, mais ne sort néanmoins jamais du cadre de la série B un peu bourrine et téléphonée. Dés lors, il ne tiendra qu’à vous de juger, selon vos goûts et vos attentes, s’il s’agit là d’une tare ou non. Autrement dit, si vous êtes venus pour vous faire retourner le cerveau et cogiter sur l’avenir, vous pouvez tout remballer et replonger dans Blade Runner ou Matrix. Car même si Upgrade ne manque pas de réflexions intéressantes et marque quelques très bons points sur des questions éthiques et philosophiques (le film questionne la place de la technologie dans notre société et son empiétement sur notre humanité), il reste trop en surface et manque même parfois cruellement de subtilité, que ce soit dans sa construction des personnages ou dans ses dialogues maladroits. En revanche, si vous chercher un ride bien sale et décomplexé et que vous aimez le doux son des os qui craquent, vous avez frappé à la bonne porte.

D’autant que la mise en scène maîtrisée et inventive de Leigh Whannell s’impose comme un véritable courant d’air frais au sein des productions d’action actuelles. Ici, pas de cuts intempestifs ou de shaky cam nauséeuse, la caméra suit les mouvements programmés de l’entité Grey/Stem avec une précision exemplaire et une énergie palpable et opère même quelques véritables prouesses visuelles. La preuve que le talent et l’amour du genre peuvent vite écraser les contraintes d’un petit budget. Le réalisateur inclus astucieusement son concept à sa mise en scène et, au fur et à mesure que Grey perdra son humanité au profit du pragmatisme algorithmique de Stem, les plans se feront plus fixes et terre à terre, dépourvu de toute légèreté. Quant à la violence très graphiques du film (certaines mise à mort font plaisir à voir !), elle n’est jamais gratuite puisqu’elle retranscrit, à coup d’os broyés et d’effusions de sang, toute la brutalité calculée et désincarnée de Stem, cette intelligence artificielle qui n’a d’humain que la voix et qui est responsable du déclin de psychologique de son hôte. De là à en déceler une métaphore du deuil, il n’y a qu’un pas.

Soulignons la prestation habitée de Logan Marshall-Green, pour la première fois ici dans un premier rôle, qui plus est assez complexe : celui d’un homme détruit et fuyant la culpabilité en laissant une entité désincarnée prendre le contrôle, se déchargeant ainsi de sa responsabilité mais assouvissant néanmoins ses désirs de vengeance et autres pulsions meurtrières. Mais si notre héros est réussis, nous ne pouvons pas vraiment en dire autant des personnages secondaires, tous sous exploités et se définissant uniquement par leur rôle archétypal (la flic, la mère, la petite copine…). Une réelle faiblesse qui empêche le film d’atteindre des stratosphères de plaisirs, mais cependant toujours compensée par une énergie visuelle et rythmique folle et un jusqu’au boutisme des plus agréable.

Au final, Upgrade s’avère être un « vigilante movie cyberpunk » ayant beaucoup à offrir et ne faisant pas les choses à moitié, laissant même à plusieurs reprises le spectateur joliment KO. En témoigne un segment final qui évite avec conviction le happy end attendu et l’habituelle « ultime séquence d’action », que Leigh Whannell choisit de contourner en optant pour une conclusion nihiliste, noire et sans concession. Pas si bourrin que ça pour une série B Blumhouse