Un Bug dans le Système – Critique de Vermin (saison 1)

par | Juil 3, 2018 | Critique | 2 commentaires

Vermin – Alexis Beaumont, Balak & Hafid Benamare – 2018

Oh tiens ! La première critique de série du site ! C’est vrai que j’ai l’impression que mes petits doigts tapent plus facilement sur le clavier lorsqu’il s’agit de cinéma, et du coup, j’ai toujours un peu redouté de critiquer le format sériesque (ce mot existe pas vrai ?). Mais quand on découvre une série d’animation pour adulte aussi ingénieuse et subversive que Vermin, on se sort les doigt du c** et on tape haut et fort son amour.

Don’t forget to take your pills

Vermin est une série d’animation française (alléluia !) un peu particulière… C’est la première produite par le studio d’animation Bobbypills et elle est disponible en intégralité et gratuitement sur l’application vidéo Blackpills (foncez !). Nous y suivons les aventures de Mantos, jeune mâle d’une famille de mantes religieuses, qui débarque en ville pour suivre les traces de son père, un ancien flic. Policier en herbe naïf et vulnérable, il devra faire équipe avec l’agent Chemou, une mouche névrosée au comportement on ne peut plus antipathique et irascible.

Armé d’un humour (très) noir et d’un scénario habile, Vermin utilise intelligemment les codes du cop show et du buddy movie pour nous prendre à revers avec des blagues bien senties qui claquent dans nos oreilles et une inventivité de chaque instant. Les auteurs de la série (Alexis Beaumont, Balak et Hafid Benamare… certains sont déjà derrière la web-série Les Kassos et l’excellente série LastMan) font ainsi preuve d’un talent d’écriture et d’une gestion du rythme assez incroyable et rendent passionnants et hilarants de bout en bout les 10 épisodes de 8 minutes qui composent cette première saison.

Microcosmos

Si vous voulez vous faire une idée, Vermin est une sorte de revisite de Zootopia à laquelle on aurait injecté une bonne dose de drogues, d’excréments, de sexe, de sang et de divers autres fluides corporels. Quand à la dynamique entre Mantos et Chemou, simple mais terriblement efficace, elle n’est pas sans rappeler celle qui liait un certain Rick et un certain Morty… Et la comparaison avec la géniale série de Dan Harmon ne s’arrête pas là, puisque l’on pourra retrouver dans Vermin la même rythmique de dialogue endiablée, un certain penchant pour le mauvais goût et le sens de la punchline parfaite qui habite déjà Rick & Morty. Ajoutez à cela une patte visuelle épurée et colorée qui accroche immédiatement le regard et vous aurez là 2 séries à consommer sans modération, si ce n’est pas déjà fait.

Mais attention, Vermin n’est pas seulement un concentré de vulgarités et de blagues politiquement incorrectes, c’est aussi un portrait lucide et désabusé de notre société moderne. Entre la manipulation du peuple par les médias, le règne nauséeux des réseaux sociaux et une loi du plus fort qui engendre un système n’ayant que faire des opprimés, la série tape là où ça fait mal à plusieurs reprises, et ce toujours à l’aide d’un humour corrosif qui n’a que faire de la bienséance. La ville dans laquelle évoluent nos anti-héros n’est rien d’autre qu’une décharge géante, symbole évident de nos sociétés toujours plus suffocantes et déshumanisées. Vermin est un microcosme à peine exacerbé de notre petit monde moderne sur le déclin, à deux doigts de se faire écrasé par un dessous de botte.

Si l’on devait chercher la petite bête (alerte mauvais jeu de mots), on regrettera éventuellement deux ou trois gags un peu faciles et éculés… Mais le tout reste tellement inventif et rafraîchissant que l’on pardonnera facilement ces quelques égarements racoleurs.

Impossible de conclure ce texte sans mentionner un doublage français excellent (la rappeuse Casey, le jeune Julien Crampon, les humoristes Gaël Mectoob et Monsieur Poulpe) qui donne vie à tout ce petit monde que l’on se surprendra à trouver si attachant. À noter que plusieurs autres séries produites par le studio s’apprêtent à sortir prochainement (pour ceux qui, comme moi, n’auront pas eu la chance de les découvrir lors de la la soirée Bobbypills au MaxLinder organisée par le PIFFF). Retenez donc ces noms : Peepoodo & The Super Fuck Friends et Crisis Jung, car si c’est de la même trempe que Vermin, moi j’y fonce ! Et surtout, les yeux grand ouverts…