Top 5 : Horreur et politique – Quand le cinéma de genre dénonce

par | Avr 4, 2017 | Dossier | 1 commentaire

Ce n’est une surprise pour personne, les élèctions présidentielles approchent. Et en ces temps de bâchage politique et autres lavages de cerveaux, il semble essentiel de prendre un peu de recul. Ceci, non pas en fuyant le sujet politique comme la peste, mais plutôt en l’approchant d’une autre manière. Le cinéma (et l’art en général) s’est souvent affranchit des bienséances nauséeuses de la société et du politiquement correct pour dénoncer, critiquer et faire réfléchir. S’évader le temps d’une séance pour revenir transfiguré et plus apte a comprendre le monde qui nous entoure et les façons de le changer, le modeler, l’améliorer, cela peut être un début de réponse… 

Dans le domaine très riche qu’est celui du cinéma de genre, nombreux sont les films qui, plus ou moins directement, ont abordé la question politique en véhiculant des discours sur le système sociétal, la religion, le gouvernement, les médias, etc. En attendant la sortie chez nous de Get Out, le film d’horreur engagé de Jordan Peele qui dénonce le racisme et qui fait actuellement sensation aux États-Unis, il m’ a paru intéressant de procéder à un petit classement. Voici donc cinq films qui, à leur manière, ont su bousculer les convenances et pousser le public à ne pas se laisser endormir par les méthodes politiques et médiatiques d’une société moderne sur le déclin.

 

1. Massacre à la Tronçonneuse – Tobe Hooper – 1974

Tout ou presque a déjà été dit sur ce qui reste l’un des plus grands films d’horreur de tous les temps (enlevez le mot « horreur » et la phrase reste correcte). Aujourd’hui œuvre de référence pour tout une flopée de cinéatses, cinéphages et cinéphiles, Massacre à la Tronçonneuse vient, en 1974, mettre en branle l’ « american dream » dans une période compliquée de guerre du Vietnam et de Watergate. Bien qu’il n’aborde jamais ouvertement les problèmes et crises sociopolitiques des États-Unis, Tobe Hooper utilise le prisme de l’horreur comme une arme de déconstruction massive. Dés l’introduction du film, le ton est donné : des cadavres ont étés exhumés, les corps en décomposition, censés êtres cachés et enfouis six pieds sous terre, sont affichés à la vue de tous. La symbolique est forte : on expose ce que l’on ne veut pas voir et on déterre les sombres secrets de l’Amérique. Avec son groupe de jeunes américains faisant office de chair à canon pour une famille de psychopathes, Massacre à la Tronçonneuse met en avant la sauvagerie des hommes et le parallèle avec la guerre du Vietnam est inévitable. Le film dépeint également un contexte de crise économique alors sans précédent, la famille de Leatherface se retrouvant poussée à tuer ces jeunes gens suite à la fermeture de l’abattoir dans lequel ils travaillaient. Véritables enfants de leur environnement, pour eux la mort et la destruction de l’autre sont devenues une norme, comme en témoignent les innombrables décorations d’ os humains qui hantent leur maison. Avec Massacre à la Tronçonneuse, c’est une Amérique en fin de vie, victime de son capitalisme effréné, qui saigne, meurt et pourrie. A l’image de l’inoubliable regard rempli de terreur de Marilyn Burns, Tobe Hooper a voulu ouvrir les yeux du spectateur en montrant l’immontrable et en sondant la noirceur de l’homme. L’Amérique a rendez-vous avec ses démons.

2. The Host – Bong Joon-Ho – 2006

Artiste incroyablement talentueux, insolant et captivant, Bong Joon-Ho fait partie de ce qui a souvent été appelé la « Nouvelle Vague Coréene »,  aux côtés de ses confrères Park Chan Wook, Hong Jin-Na et Kim Jee-Woon. En 2006, il livre avec The Host un film de monstre qui, sous ses airs de simple série B horrifique, venait secouer l’arbre fatigué de la politique moderne et des relations entre la Corée du Sud et les Etats-Unis. Suite à un choix écologique douteux engrangé par des scientifiques peu scrupuleux, une créature sanguinaire vient semer le chaos dans les rues de Séoul et massacre de nombreux civils. Chez Bong Joon-Ho, personne n’est vraiment innocent et le réalisateur met en scène le déchirement des hommes face à une catastrophe qui n’est que le pur fruit de sa vanité et en profite au passage pour taper sur les doigts du peuple coréen, prêt à tout pour entretenir des relations politiques et économiques avec les Etats-Unis. Il filme des personnages soumis et stupide, en plein processus de déshumanisation. Mais les américains ne s’en sortent pas mieux, ici associés à des profiteurs avides de pouvoir et d’argent. Plus généralement, c’est de l’homme moderne que le réalisateur dresse un portrait peu glorieux. Mais il sait aussi faire preuve d’une tendresse incroyable envers ses personnages, venant contrebalancer la noirceur du propos tout en parvenant à le rendre encore plus fort. Car The Host, c’est surtout l’histoire de cette famille coréenne qui, dans le malheur, la mort et l’adversité, retrouvera finalement une relation d’amour sincère endormie depuis longtemps par les abstractions d’une société hypocrite et sur-connectée (la télévision et le téléphone portable en prennent pour leurs grades). Les symboles sont maniés avec brio, le message est fort et la créature est superbe.

 

3. Invasion Los Angeles – John Carpenter – 1988

Impossible d’aborder ce dossier sans parler de John Carpenter. L’un des plus grand cinéaste à avoir jamais foulé le sol de notre planète (osons le dire !) a très souvent donné naissance à des péloches contestataires et rebelles. Si Invasion Los Angeles n’est peut être pas son meilleur film (il reste excellent), il est probablement celui qui a exposé la plus forte contestation politique de Carpenter. Manipulation des masses, peur de l’autre, lavage de cerveau médiatique, soumission aveugle du peuple à un gouvernement tout puissant, lutte des classes, tout y passe dans ce film qui raconte l’histoire d’un homme qui, grâce à une paire de lunettes magique, découvre que les Etats-Unis sont en fait contrôlées par des aliens. Les lunettes sont ici une métaphore de la vue retrouvée après une vie d’aveuglement et les extra-terrestres ne sont rien d’autre qu’une figure diabolique représentant nos dirigeants politiques hypocrites, manipulateurs et corrompus. Ceux-ci ont infiltré la classe dirigeante et n’ont point eu de mal à exploité la nature corruptrible de l’homme. Le réalisateur de The Thing dresse ici un violent réquisitoire contre le capitalisme et la politique de Reagan (le film sort en 1988), qui a mis en place et entretenu une société ultra-contrôlée dans laquelle l’individu se perdait au profit d’idéologies réductrices et destructrices. Dans le même genre, on retiendra également les excellents New York 1997 et Los Angeles 2013, deux autres pamphlets anti-capitalistes dans lesquels Snake Plissken, héros déchu, se démène dans un monde futuriste anéanti par la folie des hommes.

 

4. The Mist – Frank Darabont – 2007

Qui de mieux que Frank Darabont pour porter à l’écran cette nouvelle de Stephen King ? Le réalisateur avait déjà prouvé son amour pour les œuvres de l’auteur américain en adaptant brillamment Les Evadés et La Ligne Verte. The Mist est cependant la première histoire véritablement horrifique à laquelle le réalisateur s’attaque. Lorsqu’une brume épaisse et mortelle envahit une petite ville du Maine, les habitants se retrouvent obligés de se réfugier dans un magasin. Confronté à la peur de la mort et à l’inattendu, certains vont laisser surgir leurs plus sombres facettes. Avec The Mist, King utilise le paranormal comme déclencheur exacerbant des vices humains. Lâcheté, obscurantisme religieux, racisme, peur de l’autre, tous les tares de notre société moderne capitaliste sont ici présents et le malaise croît avec la progression de l’intrigue. Darabont retranscrit à merveille cette dégénérescence des rapports humains et va encore plus loin en proposant une fin (différente de celle du texte) d’une noirceur et d’un nihilisme tétanisants. Le film remet également en question la toute puissance de l’armée américaine qui, à trop vouloir jouer à Dieu, mènera le pays qu’elle est censée protéger à sa perte. Des bestioles dehors, des monstres dedans.

 

5. Zombie – George A. Romero – 1978

Après La Nuit des Morts-vivants en 1968, Romero continue sa critique de la société moderne à travers le film d’horreur et la figure du mort-vivant avec Dawn of the Dead (Zombie en français). Si, avec La Nuit…, il fut l’un des premiers à véritablement proposer un discours politique via le genre horrifique, il livre avec Zombie son film le plus dénonciateur. Véritable critique du capitalisme et de la société de consommation, le film met en scène des morts-vivants et des vivants pas si différents les uns des autres. Car chez Romero, c’est la société entière qui est zombifiée et peuplée d’êtres lobotomisés par des publicités qui le poussent à un consumérisme maladif. Nous voilà relégués au rang de créatures aux âmes anesthésiées, déambulant au milieu des rayons de supermarchés immenses. Les Etats-Unis étant le symbole ultime des débordements comportementales et des dérives idéologiques modernes, l’ « american way of life » en prend pour son grade. Dans Zombie, les personnages, tous armés jusqu’aux dents, n’ont aucune honte devant le plaisir malsain qu’ils éprouvent en shootant du cadavre baladeur à tout va. Dans un pays où le port d’arme est un droit jugé essentiel mais où la première cause de mortalité est les armes à feu, le cinéaste montre et dénonce une logique politique malade. La violence ne trouve foyer que si on lui en donne les moyens. Un clou de plus enfoncé dans le cercueil d’un système social en fin de vie.