Danses macabres – Top 2019 (+Top décennie)

par | Déc 27, 2019 | Dossier | 2 commentaires

Sous un soleil de plomb, une troupe de jeunes femmes couronnées de fleurs danse frénétiquement autour d’un mystérieux totem. Dans les sombres couloirs d’une école parisienne, des adolescentes tanguent doucement sur le flow de Damso. Perdus au milieu de l’océan, deux matelots ivres entament une cabriole aux mouvements irréguliers dictés par l’alcool. Dans l’Hollywood des années 60, une actrice insouciante fait vibrer son corps de fêtes en fêtes…

Cette année, les films ont dansé. Et pour peu qu’ils aient cueillit notre attention et notre sensibilité, c’est une danse à deux qui a eu lieu. Alors, de rites païens en soirées VIP californiennes, voici les 10 films qui m’ont pris par la main en 2019, pour m’emmener toujours plus loin.

 

The Lighthouse – Robert Eggers

Quatre ans après avoir exploré la campagne médiévale de The Witch, Robert Eggers s’exile sur une île mystérieuse de la Nouvelle-Angleterre pour filmer la descente aux enfers de deux gardiens de phare et livrer un poème macabre où mirages et réalités se mélangent. Loin d’être un simple exercice de style capricieux, The Lighthouse est un voyage riche, complexe et envoûtant dont chaque choix esthétique est là pour plonger le spectateur au plus profond du mental d’Ephraim Winslow, le jeune travailleur superbement interprété par Robert Pattinson. Il en va de même pour les influences du cinéaste : des écrits de Lovecraft et Allan Poe au cinéma expressionniste allemand, tout est suffisamment remâché et digéré pour que la référence n’empiète jamais  sur le récit. Après s’être extirpé des racines de The Witch et des eaux agitées de The Lighthouse, une chose semble évidente : ce qui passionne Eggers, c’est l’inconnu, celui qui se trouve au-delà des forêts les plus sinueuses et des mers les plus profondes… Mais aussi celui qui sommeille au fin fond de notre esprit.

Ne Coupez Pas ! – Shin’ichirô Ueda

Film de zombie venu tout droit du Japon, Ne Coupez Pas ! commence comme un banal found footage pour ensuite ne jamais cesser de prendre de l’ampleur en se renouvelant constamment dans le ton et la forme, ajoutant toujours plus de couches de lecture à ce qui semblait être au départ un simple film d’horreur fauché. Furieusement intelligent dans sa construction, Ne Coupez Pas ! embarque le spectateur de surprises en surprises et le plonge dans une expérience de cinéma hors-normes aussi drôle que touchante. Qui aurait cru que film le plus original de 2019 viendrait du sous-genre horrifique le plus éculé ?

Zombi Child – Bertrand Bonello

Un homme revient d’entre les morts à Haiti. Une adolescente tombe en décrépitude amoureuse à Paris… Deux intrigues, deux lieux, deux époques et une multitude de sentiments forment cette unique fable douce et sombre sur l’amour et la mort. Porté par une architecture narrative aussi ingénieuse que singulière et habité par une jeune actrice hypnotisante, Zombi Child est une œuvre qui pénètre le cœur et l’esprit tel un sortilège. La zombification en question frappe jusqu’au film lui même : comme le mort-vivant errant entre la vie et la mort, Zombi Child trouve son équilibre entre le passé et le présent, les souvenirs et les actes, l’héritage et l’assimilation.

Crawl – Alexandre Aja

Un père, une fille, une tempête, des alligators. Il n’en faut pas plus à Alexandre Aja pour offrir une série B solide, généreuse et épique. En resserrant progressivement l’étau de son intrigue en même temps que le niveau de l’eau monte dans la maison enfermant les deux personnages, le cinéaste montre qu’il maîtrise parfaitement son matériel narratif et visuel. Si Crawl ne manque pas de prouesses gores et d’alligators affamés superbement modélisés CGI, c’est avant tout cette relation père / fille juste et touchante qui guide l’histoire. En faisant le choix de constamment supporter l’horreur par les enjeux émotionnels, Aja emmène son film bien au delà du simple petit plaisir bis et nous croque en plein cœur.

À Couteaux Tirés – Rian Johnson

Le patriarche d’une riche famille américaine est retrouvé mort dans son cabinet le lendemain de ses 85 ans. Meurtre intéressé ou suicide prémédité ? Héritier des écrits d’Agatha Christie, À Couteaux Tirés est le film à tiroirs par excellence, de ceux que l’on meurt d’envie de revoir dés la séance terminée pour y déceler tous les secrets et indices. Terriblement passionnant et intriguant, le film de Rian Johnson se permet en plus de redéfinir ses enjeux plusieurs fois au cours de ses 2h15 qui passent en un éclair. En guise de cerise sur cette pièce parfaitement montée, le réalisateur injecte un sous texte politique terriblement juste et pertinent. Car À Couteaux Tirés n’est pas « juste » un wodunit jouissif, c’est aussi une exploration de la peur américaine de l’étranger, de l’immigré… Celui que l’on tolère tant qu’il reste à la place qu’on lui a donné mais que l’on conspue dés qu’il dérange nos petites affaires, aussi sordides et immorales soient-elles.

Doctor Sleep – Mike Flanagan

Exercice périlleux que d’adapter le roman Doctor Sleep de Stephen King, suite tardive de son Shining. Cela implique de venir marcher sur les plate-bandes d’un film-mastodonte. Or, c’est bien connu, King déteste l’adaptation de Stanley Kubrick et s’il donne le feu vert à Mike Flanagan, il se doit d’être satisfait du résultat. Pour cela, il peut compter sur le génie d’un réalisateur qui compte parmi les plus solides et passionnants de ces dernières années. Incroyablement régulier dans la qualité de ses films (le monsieur ne s’est jamais planté), Flanagan atteint ici un niveau de maîtrise presque insolant, tant il parvient à éviter tous les pièges tendus devant lui en honorant à la fois les écrits de King et le film de Kubrick grâce à sa profonde compréhension des mythologies maniées. Beau, effrayant et touchant, Doctor Sleep apporte au cinéma de Flanagan ce qu’il lui manquait peut être jusque là pour s’élever encore plus haut : un mysticisme des images et une ampleur visuelle débordante. Autant d’éléments qui font battre le cœur de cette belle histoire macabre.

Traîné sur le Bitume – S. Craig Zahler

Romancier, musicien, scénariste, réalisateur… S. Craig Zahler a plus d’une corde à son arc et plus d’une balle à son flingue. Avec Traîné sur le Bitume, il nous shoote une fois de plus son génie en pleine gueule en livrant un thriller à la noirceur abyssale et à la maîtrise insolente. Ce polar sec et brutal suit l’engouffrement dans le mal de deux flics terriblement humains (avec toutes les faiblesses que cela sous-entend) au cours d’une intrigue anti-manichéenne se faisant la caisse de résonance d’une société amère et défectueuse. Les échos du cinéma de Michael Mann se font subtilement entendre au cours de cette sombre fresque urbaine qui transpire la personnalité de l’immense artiste à sa tête.

The Irishman – Martin Scorsese

Le visionnage de The Irishman est une expérience à plusieurs niveaux. Tout d’abord, nous assistons au grand retour d’un cinéaste légendaire à la forme cinématographique qui a en partie fait sa gloire : le récit fleuve de gangsters. Puis, placés sur ces rails solides, différentes vagues émotionnelles et symboliques viendront nous frapper de plein fouet. Œuvre testamentaire sur la fin de vie, la vieillesse, la perte et la solitude qui découle de tout cela, The Irishman est le chant du cygne d’un artiste à la fin de sa carrière, qui regarde en arrière pour mieux aller de l’avant, qui parle de lui en filmant les autres. Scorsese scrute une nouvelle foi l’horrible dans l’humain et nous dit que même le plus corrompu des hommes a des états d’âme, aussi bien cachés soient-ils. Que même la plus grosse pourriture possède cette petite voix enfouie au fond de lui qui hurle la souffrance de son humanité perdue. On ne le dit pas assez, mais sous ses couches de violence froide et de bile noire, le cinéma de Martin Scorsese est profondément humaniste. Ce chef-d’œuvre crépusculaire en est peut être l’ultime preuve.

Once Upon a Time in Hollywood – Quentin Tarantino

Bienvenue dans le monde de Quentin Tarantino. Un monde qui respire, suinte, hurle l’amour du Cinéma. Si le réalisateur n’a jamais cessé de parler du sujet à travers ses films, il s’aventure pour la première fois à l’aborder frontalement en situant son intrigue dans le milieu du show business hollywoodien. Parce que Once Upon est un film sur le cinéma, Tarantino semble ne plus avoir besoin d’hurler sa cinéphilie et calme ses ardeurs stylistiques et référentielles au profit d’une immersion narrative totale. Ainsi, le matériel filmique s’épure pour ne devenir plus que l’essence même de son sujet : la reconstitution d’une époque mi-réelle mi-fantasmée. Tarantino refait l’Histoire avec son histoire et orchestre le tout avec une maîtrise absolue de tous ses moyens et un amour démesuré pour chaque particule qui passe devant l’œil de sa caméra. S’il a toujours pastiché les grands réalisateurs, nul doute qu’il en est, avec les années, lui même devenu un. 

Midsommar – Ari Aster

Un an après la claque Hérédité (première place du top 2018), Ari Aster revient avec un second chef-d’œuvre qui fera assurément date dans le paysage du cinéma de genre. Midsommar, c’est un peu comme si on avait développer les négatifs d’Hérédité et que les peurs les plus sombres qu’il mettait en scène se retrouvaient exposées en pleine lumière. Les obsessions du cinéaste sont toujours là (les relations toxiques, les non-dits familiaux…) mais se retrouvent exacerbées par une direction artistique au mysticisme aussi solaire que glaçant. Le doute n’est plus possible : Ari Aster a sa place sur le podium des cinéastes contemporain les plus talentueux et fascinants. Avec ce second cru, il livre une fresque sentimentale prophétique qui s’offre le luxe de prendre encore plus d’ampleur à la découverte de sa version longue sortie en vidéo. Quand filmer les déboires émotionnels de jeunes adultes devient un miracle de cinéma.

Ils auraient pu y être :

Alita : Battle AngelL’Heure de la Sortie – La Favorite – Toy Story 4 – UsParasite – Scary Stories – Le Mans 66 – John Wick : Parabellum – JokerCaptive State – El Camino – Lords of Chaos – Rambo : Last Blood – 90’s – L’Internat

TOP de la décennie (2010 – 2019)

# 10

The Witch

Robert Eggers

2016

# 09

Drive

Nicolas Winding Refn

2011

# 08

Blade Runner 2049

Denis Villeneuve

2017

# 07

Pacific Rim

Guillermo Del Toro

2013

 

# 06

Hérédité

Ari Aster

2018

# 05

Melancholia

Lars Von Trier

2011

# 04

Under the Skin

Jonathan Glazer

2014

# 03

Midsommar

Ari Aster

2019

# 02

J’ai Rencontré le Diable

Kim Jee-Woon

2011

# 01

Mad Max : Fury Road 

George Miller

2015