L’ÉTRANGE FESTIVAL 2021 – 5 films à retenir

par | Sep 25, 2021 | Dossier

La vingt-septième édition de L’Etrange Festival a apporté son lot de petites claques et de belles surprises ! Entre éviscérations, enfants mutants et psychopathes traqueurs, un bien beau programme de dément, dont voici un aperçu.

 

The Sadness

Rob Jabbaz

Un virus ultra-contagieux transforme les habitant d’une ville de Taïwan en psychopathes sanguinaires. Premier film de Rob Jabbaz, canadien expatrié à Taïwan, The Sadness est un pur délire cauchemardesque et gore qui a laissé la salle 500 du Forum des Images sur les rotules. Alors que mon voisin de siège soufflait constamment d’aberration et de dégoût devant la violence étalée à l’écran, je jubilais doucement de voir enfin un digne héritier de la Catégorie III au cinéma, en 2021. Tourné pour trois fois rien dans le quartier même du réalisateur, The Sadness impressionne par une mise en scène réfléchie et des effets spéciaux artisanaux de toute beauté. Alors oui, le tout est loin d’être parfait et se perd malheureusement en sur-explications malvenues dans sa dernière partie, mais la radicalité constante du bouzin et sa volonté à ne jamais verser dans le Z tout en maintenant un humour noir à toute épreuve, emporte l’adhésion. Cette version hardcore de The Crazies est peut être le premier bon film d’horreur rebonsissant sur l’ère Covid.

Lamb

Valdimar Jóhannsson

Nouvelle production A24 et premier film de l’islandais Valdimar Jóhannsson, Lamb s’attache au quotidien d’un couple de fermiers découvrant un mystérieux nouveau-né pas vraiment humain, qu’ils décident de garder et d’élever comme leur enfant. Le scénario pourrait se résumer à ses quelques lignes mais c’est avant tout le traitement de ses personnages et de son atmosphère qui intéresse Jóhannsson. Porté par des décors islandais brumeux et isolés aussi poétiques que manaçants, une Noomi Rapace parfaite en mère douce, réservée et un poil inquiétante et des CGI impressionnants (le réalisateur a travaillé dans le département effets-spéciaux de nombreuses grosses productions américaines), Lamb marque la rétine par son originalité et sa bizarrerie constante. Et si l’on a parfois la pénible impression de regarder un court-métrage étiré en long, le tout reste suffisamment inventif et maîtrisé pour ne pas perdre totalement l’adhésion, qui joue ici un périlleux numéro d’équilibrisme entre l’ennuie et la fascination.

Inexorable

Fabrice Du Welz

Très attendu, le nouveau film de Fabrice Du Welz a fait salle comble, avec une présentation par l’équipe du film monopolisée par un Benoit Poelvoorde en grande forme, difficilement canalisable mais diablement drôle. Une attitude à l’opposé de son rôle dans Inexorable : celui d’un écrivain respecté en retraite littéraire avec sa femme et sa fille dans une grande demeure isolée. Tout ce petit monde bourgeois va voir son quotidien perturbé par l’arrivé de Gloria, une jeune fille au passé nébuleux qui ne tarde pas à faire son nid dans ce microcosme privilégié. Sombre, beau et bouleversant, ce thriller psychologique de haute volée appuie une nouvelle fois le talent d’écriture, de mise en scène et de direction d’acteur de Du Welz, qui livre probablement ici son meilleur film à ce jour. Cet home invasion teinté de giallo pousse sans ménagement le spectateur dans ses derniers retranchements moraux et sentimentaux, et la perversion du récit n’a d’égal que l’Amour absolu et destructeur qu’il élève au-dessus de tout. Avec son casting d’une justesse constante dans des rôles complexes et éprouvants, sa photographie tour à tour âpre et expressionniste et ses emprunts parfaitement réfléchis à Zulawski, Kubrick, Argento et Polanski, Inexorable est une bombe de maitrise, de poésie et d’émotions carnassières.

Limbo

Soi Cheang

Une traque de tueur en série dans les méandres d’une ville déshumanisée… On connaît la formule par cœur, portée au panthéon par des films comme Seven, J’ai Rencontré le Diable ou The Chaser, et ce n’est pas le scénario très classique de Limbo qui peut prétendre bousculer tout cela. Seulement, l’histoire n’est ici qu’un prétexte à étaler un univers infernal arpenté par des âmes torturées. Prenez des décors urbains cauchemardesques tout droit sortis de Tetsuo, une incroyable photo en noir et blanc retirant le moindre espoir de salvation de chaque image et des personnages hantés par leur passé et écrasés par l’injustice de la vie et vous aurez un magnifique thriller dépressif. Malgré quelques débordements moraux (le film franchit parfois la ligne de la surenchère misérabiliste) et quelques choix narratifs douteux, la violence accablante et l’atmosphère unique du film de Soi Cheang en font un met de choix pour quiconque est prêt pour un aller simple vers l’enfer.

 

The Innocents

Eskil Volt

Vous vous souvenez de Brightburn ? Cet immonde film d’enfant super­-héros démoniaque produit par Sony Pictures ? Et bien oubliez ce truc de studio fade et constamment à côté de la plaque car, sur un sujet similaire, le norvégien The Innocents débarque avec son jusqu’au-boutisme à toute épreuve et son exécution exemplaire. Le réalisateur Eskil Volt (scénariste attitré de Joachim Trier) impose un récit passionnant, celui d’un petit groupe d’enfants aux facultés surhumaines diverses, vivant dans une cité bétonnée et bien souvent laissés sans surveillance par des parents préoccupés par d’autres problèmes. En opposant l’insouciance de ces têtes blondes à la gravité de leurs actes, The Innocents bouscule les tabous et ose aller assez loin dans sa représentation de la violence faite aux plus… innocents (les enfants, les personnes handicapées, les animaux…) sans jamais déborder dans une pseudo-subversion gratuite. Cela parce que le cinéaste a toujours quelque chose à nous raconter et pense son récit comme une bombe à retardement dont chaque tic et chaque tac est l’écho d’un microcosme humain malade. Le film a beau s’étirer un peu en longueur, on en ressort impressionné par tant de maitrise et essoré par l’intensité des images, des acteurs et de l’histoire.

Merci à Estelle Lacaud et Eric Challard