Les échos d’une vie – Critique de Relic

par | Juil 19, 2020 | Critique | 0 commentaires

Relic – Natalie Erika James – 2020

(spoilers)

La disparition d’une grand-mère amène une mère et sa fille à retourner dans la maison familiale afin de la retrouver. Si elle revient finalement après quelques jours d’errance, elle ne semble plus du tout être la même…

Horreur humaine

Le pouvoir figuratif du cinéma d’horreur n’est plus à prouver. C’est indéniable, le genre est un parfait étendoir à névroses humaines, apte à exposer nos petites bébêtes intérieures au grand jour. S’il peut fréquemment être réduit à son aspect récréatif et sensationnel par les non-initiés, le genre horrifique est donc bien souvent un prisme idéal pour mettre en lumière des problèmes sociaux, philosophiques, humains… Et c’est justement lorsque l’histoire, le sujet et le genre d’un film s’emboîtent parfaitement que des petits miracles se produisent. Oubliez une bonne fois pour toute ce terme galvaudé et méprisant qu’est « elevated genre », Relic, comme nombre de ses confrères rangés dans la même case, est tout simplement un pur film d’auteure et un putain de moment de cinéma.

Première réalisation de l’australienne Natalie Erika James, Relic prend d’abord le temps d’emmener le spectateur sur des chemins qui lui sont familiers : une maison reculée, une disparition étrange, une silhouette semblant hanter les lieux… À la manière d’un Ari Aster ou d’une Jennifer Kent (qui dynamitaient le film de maison hantée avec respectivement Hérédité et Mister Babadook), Natalie Erika James ancre dans un premier temps son récit dans un carcan précis pour mieux opérer des sorties de route vertigineuses par la suite. Mais à y regarder de près, il semblerait que « sorties de route » ne soit pas vraiment le terme adéquat… Disons que le chemin était juste beaucoup plus large qu’on ne le pensait, et que la réalisatrice est bien décidée à en explorer chaque recoin.

Regarder en arrière

Lorsque Kay et Sam (Emily Mortimer et Bella Heathcote, parfaites) arrivent dans la maison de leur parent disparu (Robyn Evin, parfaite aussi), un mystère inquiétant s’installe. Le regard que pose Natalie Erika James sur la bâtisse et ce qu’elle referme en son sein est aussi pénétrant qu’une lame aiguisée. Ses objets et éléments sont filmés comme autant de « reliques » d’un temps passé. Le vitrail poussiéreux ornant la porte d’entrée, les fruits pourrissant dans un bol tel une nature morte en trois dimension, les étranges bougies semblables à des fleurs de peau écorchées… Le spectateur passe alors par toute une série de questionnements (que font tous ces petit posts-it annotés éparpillés dans la maison ? Quelle est cette étrange malédiction qui semble sommeiller dans les murs ?). Mais les réponses apportées se trouveront dans des contrées insoupçonnées… Si la réalisatrice s’amuse à semer nombre d’indices qui s’avéreront être au final, dans le sens premier du terme, des fausses pistes, ils prendront une logique et un écho imparables lors d’un dernier acte émotionnellement terrassant. Car si, dans la plupart des films de maison hantée, il est admis ou sous-entendu que c’est le lieu en question qui opère un pouvoir maléfique sur les personnages, nous assistons ici à l’inverse.

Comme dans Répulsions de Roman Polanski donc, les manifestations étranges sont en fait la matérialisation des démons intérieurs des personnages. La lente montée en tension opérée par Relic a cela de terriblement efficace que les mystères et l’ésotérisme qu’elle soulève trouvent leur écho dans les sentiments des personnages. C’est la culpabilité d’une fille absente et la démence d’une vieille dame seule et à la fin de sa vie qui imbibent la maison, jusqu’à ce qu’elle en devienne organique. Métaphore des esprits malades qui l’habitent, le dédale de couloirs et de portes closes renfermant des mondes et des vides se veut le purgatoire d’une famille en mal de communication, de connexion, d’échanges… Quiconque a connu un proche atteint de sénilité ou de démence sait que c’est un poison qui coule dans toutes les directions : effrayant et aliénant pour la personne qui le vit, terriblement triste et accablant pour son entourage. Cette maladie, ce déclin mental, c’est le véritable monstre de Relic, et l’affronter ne demande pas une force physique particulière mais un véritable courage mental et une difficile mais nécessaire remise en question.

Il faut toute une vie pour comprendre ce que l’on a vécu. C’est ce que nous raconte Relic. C’est l’histoire d’une femme qui regarde une dernière fois en arrière avant de faire le grand saut final, accumulant de ce fait sur ses épaules toutes les peurs, culpabilités et regrets d’une vie. C’est aussi l’histoire d’une fille qui a su apprendre de ses erreurs et se dégager de ses visières aveuglantes. Lorsqu’elle cesse de détourner le regard, elle peut enfin délester les épaules de sa mère, pour l’aider à partir en paix. Et il ne restera alors que l’amour d’un enfant pour celle qui l’a mis au monde. C’est bon, le cycle peut se répéter.