L’Amour Roi – Critique de Message From The King

par | Avr 21, 2017 | Critique

Message From The King – Fabrice Du Welz – 2017 Hallucinations Collectives 2017 – Compétition officielle longs métrages – Grand Prix

Fabrice Du Welz est un cinéaste passionnant. Entre horreur viscérale et poésie brute, l’homme se plaît à transporter le public dans son univers si particulier. Aujourd’hui il revient avec Message From The King, son premier film tourné aux Etats-Unis et grand vainqueur du dernier festival Hallucinations Collectives.

Vengeance solaire

Pour cette première excursion au pays de l’Oncle Sam, le cinéaste belge a choisi le cadre très balisé du « revenge movie » et vient poser sa caméra sous le soleil infernal de Los Angeles. L’histoire est celle de Jacob King (Chadwick Boseman, impeccable), un homme débarquant pour la première fois à la cité des anges afin d’y retrouver sa sœur, mystérieusement disparue suite à son implication dans des histoires de drogues avec la pègre locale. Autant dire que Jacob n’est pas venu pour faire du tourisme et est bien décidé à mener une quête vengeresse sans pitié. Entre sa chaîne de vélo défonceuse de gueules, son blouson en daim qui sent bon la poussière et son regard sombre et impénétrable, tout fait transpirer la volonté de Fabrice Du Welz d’ iconiser son personnage. A la manière des guerriers silencieux de Nicolas Winding Refn (le viking de Valhalla Rising, le pilote de Drive…), Jacob King n’a aucun passé et son futur se trace avec fureur dans le sang de ses ennemis.

Autour de cette figure vengeresse presque mystique viendront se greffer toute une flambée de personnages secondaires. Et si la jeune maman en galère incarnée par la sublime Teresa Palmer génère un minimum d’empathie, tous les autres, et il y en a beaucoup, ne dépasseront malheureusement jamais leur statut de silhouettes archétypales. Et c’est là que vient le gros problème du film : on ne peut s’empêcher d’avoir une énorme sensation de déjà vu. Alors certes, Du Welz cherche à s’ancrer à fond dans le genre et le traitement classique de l’intrigue et des personnages répond à cette volonté d’hommage cinéphile, mais quitte à jouer la carte de la série B décomplexée, autant y allait à fond. Malheureusement, le réalisateur, enchaîné par les studios, opte pour une retenue dans la violence et ne livre presque jamais le défouloir promis. On reste ainsi frustré devant le déroulement attendu et uniforme d’une intrigue qui ne demandait qu’à être dynamisée par des scènes de bastons libératrices.

Nothing Else Matters

Le cinéma de Fabrice Du Welz a toujours été un art de passions. Sous l’hommage sincère mais un peu flemmard aux polars des années 70 (Dirty Harry de Don Siegel et Hardcore de Paul Schrader en tête) se cache indéniablement un cœur qui bat. On sent bien l’obligation du cinéaste, dont c’est le deuxième film de commande après la pénible expérience Colt 45, à répondre à un cahier des charges bien remplis, mais la pâte du bonhomme, bien que plus effacée que sur ses films indépendants, reste présente. Quelques fulgurance poétiques viendront par moment transpercer le film pour l’emporter sur un territoire moins balisé et laisseront un aperçu de la fresque criminelle sensorielle et atmosphérique qu’aurait pu être Message From The King si l’artiste belge avait joui d’un contrôle total.

Ici, comme toujours chez Du Welz, l’amour est roi. L’amour fou, l’amour déraisonné, l’amour à tout prix. L’amour perdu et éperdu d’un frère pour sa sœur, un amour qui l’entraînera dans un véritable voyage au bout de l’enfer dans une ville cataclysmique. Le réalisateur filme un Los Angeles suffocant et, à la manière de Michael Mann, c’est ici un personnage à part entière, une sorte de force suprême et maléfique, suçant la vie hors de ses habitants. On nous montre l’autre Los Angeles, celui des délaissés et des renégats, celui des êtres aux rêves bisés, venu ici pour trouver une nouvelle vie fantasmée au travers des pubs et des tabloïds mais condamnés à sombrer dans le crime où à survivre avec des boulots dégradants. Un portrait social qui, malgré la chaleur abominable du soleil de Du Welz (magnifique photographie de Monika Lencsewska), se révèle glaçant. Surtout lorsque l’on en apprend un peu plus sur les origines de notre héros lors d’un épilogue bien pensé venant enrichir la symbolique du film.

De part sa nature de film de commande, Message From The King n’atteint à aucun moment le niveau d’abstraction des bombes atmosphériques que sont Calvaire, Vinyan et Alleluia. Le film se place comme un thriller crépusculaire quelque peu bancal mais dont les bribes sensitives laissent transparaître la personnalité unique de son auteur.