Horreur dans ma demeure ! 5 films pour Halloween

par | Oct 29, 2017 | Dossier | 0 commentaires

C’est bien triste mais Halloween, en France, c’est un peu le vilain petit canard des fêtes annuelles. Pas de réel engouement collectif, aucune citrouille sur les terrasses, zéro squelette en plastique accroché aux portes… Et les rares bambins s’aventurant au fameux « Trick or Treat » se verront malheureusement vite faire demi-tour face aux mines dépitées des habitants du quartier.

Alors, vous allez dire que j’extrapole mais quand on voit la gueule du cinéma national, on comprend vite que les français n’aiment pas tellement se faire peur. Entre les comédies beaufs et les drames feuilletonesques, rares sont les films de genre « made in France » à voir le jour. Ce sont donc vers des contrés plus excitantes que nous allons nous diriger ce soir.

Pour ce premier article d’Halloween sur le site, concentrons-nous sur une peur universelle : l’intrusion du danger dans ce que l’on croyait intouchable : le foyer. Voici donc cinq films qui, chacun à leur manière, ont su dynamiter l’atmosphère éculée du film de maison hantée ou du home invasion pour nous offrir une vraie proposition de cinéma. (Ayant voulu éviter les grands classiques connus de tous, vous ne trouverez pas ici de Shining ou d’Evil Dead.)

Alors, en attendant d’aller fêter Halloween comme il se doit en Irlande (son pays d’origine) ou aux Etats-Unis, invitez vos amis, sortez le pop-corn et les bonbecs, éteignez les lumières et venez arpenter ces demeures aux planchers craquants, aux réseaux électriques douteux et aux portes grinçantes.

Happy Halloween !

The House of the Devil – Ti West – 2009

Conscient de la décadence de l’horreur moderne, Ti West décide de prendre le contrepied des productions actuelles et filme, avec The House of the Devil, un vrai film d’horreur à l’ancienne. Cela est d’autant plus appréciable que la bestiole s’avère être bien plus qu’un simple hommage tirant sur la corde nostalgique du spectateur. Les cadrages, la musique, le grain de l’image… toute l’esthétique du film rappelle le cinéma horrifique des années 70/80, cette époque où baby-sitter était le job le plus dangereux du monde. La tension monte et nos poils s’hérissent au fur et à mesure de cette histoire de jeune fille chargée de garder l’immense maison d’un vieux couple de tordus. Du suspens gangrenant à la brutalité gore inattendue, The House of the Devil est un vrai film de trouille, de ceux comme on en fait plus, de ceux où l’ont sent, le regard fébrile et troublé, que la nuit sera longue et fantomatique. Ti West soigne chaque plan pour faire monter la tension avec un minimum de moyen. Le film est beau, la BO old school ne pourrait mieux coller aux images et on sent planer les ombres imposantes de Friedkin, Polanski et Hitchcock… Une déclaration d’amour au cinéma bizarre et à ses plus grands prophètes.

Les Innocents – Jack Clayton – 1961

Miss Giddens (Deborah Kerr), est une gouvernante chargée de la garde de deux enfants dans une immense propriété de campagne victorienne. Après son arrivée, elle découvre petit à petit les lourds secrets qui habitent ces murs et sera constamment mis à l’épreuve par ces gamins aux comportements pour le moins étranges. Sorti en 1961, Les Innocents est un film éternel. De ceux que l’on peut voir et revoir sans cesse et dont chaque nouveau visionnage vient enrichir notre réflexion. Ceci est incontestablement dû au fait que Jack Clayton, dont c’est la première excursion dans le fantastique, parvient à transcender les limites du genre en explorant l’étrange et le bizarre par le biais de l’atmosphère qu’il insuffle à son film. La mise en place chirurgicale de cette ambiance sinistre et dévorante passe par autant d’éléments que sont la réalisation ultra soignée, la photographie au noir et blanc aussi sublime que mortifère, dles jeux d’acteurs pénétrants et la BO aussi belle qu’inquiétante. Adapté de la nouvelle Le Tour d’Ecrou, d’Henry James, Les Innocents est un film hanté, hanté par les êtres torturés qu’il met en scène et leurs démons. Clayton se plait à jouer d’une ambiguïté profonde et, chose incroyable pour l’époque (et encore pour aujourd’hui),  ose casser la figure sacralisée de l’enfant. En effet, ces bambins n’auront finalement d’innocent que l’apparence… De plus, le réalisateur fait de Miss Giddens l’incarnation des frustrations sociales, sexuelles et émotionnelles de sa condition et de son époque. Diaboliquement élégant, Les Innocents est de ces films qui ne vous quitte plus une fois le visionnage terminé, de ces œuvres qui s’immiscent en vous et vous triture l’âme afin d’en extirper les ténèbres les plus obscurs… Discret et sinueux dans sa représentation de l’horreur, Les Innocents n’en est que plus tétanisant et ravageur dans les marques qu’il laisse en nous. Tentez l’expérience, vous n’en ressortirez pas indemne.

Don’t Breathe – Fede Alvarez – 2016

Un groupe de petites frappes apprend qu’un vieillard aveugle garde chez lui un coffre remplit de biftons. Une nuit, ils décident de pénétrer dans la demeure pour s’emparer du butin mais font vite face à un danger auquel ils ne s’attendaient pas. En plus de nous maintenir constamment sous tension, Don’t Breathe a le don de remettre perpétuellement en question nos notions de bien et de mal, tant il est difficile par moment de différencier les bourreaux des victimes. Alvarez utilise le prisme du genre pour mener l’étude d’une société américaine malade, que la pauvreté et les écarts sociaux mènent fatalement à une escalade de violence. Avec sa mise en scène maline et inventive, son incroyable gestion de l’espace et ses choix scénaristiques osés et inhabituels, Don’t Breathe se démarque sans mal des productions horrifiques actuelles et pourrait bien marquez vos rétines au fer rouge. Un petit bijou de cinéma constamment sur le fil, un concentré d’adrénaline, un voyage sous tension dans les décombres poussiéreux de l’Amérique…

L’Emprise (The Entity) – Sidney J.Furie – 1982

C’est un célèbre fait divers qui est à l’origine de L’Emprise. En 1976, aux Etats-Unis, une jeune femme affirme avoir été violentée et violée chez elle par des esprits maléfiques et fera alors appel à des experts en paranormal. Sorti dans l’ombre de l’énorme succès Poltergeist (le film débarque dans les salles seulement 3 mois après) et traitant sensiblement du même sujet, L’Emprise n’a malheureusement pas eu le succès et la résonance qu’il méritait à sa sortie. Plus frontal et rebelle que le film de Tobe Hooper et Steven Spielberg, le rejeton de Sidney J.Furie n’hésite pas à bousculer les convenances du genre pour livrer un portrait poignant de femme se démenant pour faire entendre sa voix dans une société machiste et patriarcale. Carla Moran (superbe Barbara Hershey, que l’on retrouvera plus tard dans Insidious) n’aura de cesse de se battre contre des hommes (son médecin psychologue, son petit ami…) persuadés de sa folie et de son statut de victime. Le film propose quelques morceaux de bravoures assez incroyables, dont une scène de viol aux trucages proprement hallucinants et durant laquelle le corps de la jeune femme se voit malaxé par des mains invisibles. On a encore du mal à croire qu’un gros studio comme la Fox ait pu produire une telle pépite choquante et subversive.

Mister Babadook – Jennifer Kent – 2014

Premier film de l’Australienne Jennifer Kent, Mister Babadook nous conte l’histoire d’une mère en difficulté avec l’éducation de son jeune fils devenu très instable depuis le décès du mari et père de famille. Ce qui impressionne de prime abord dans Mister Babadook, c’est la véracité émotionnelle de ce portrait de famille brisée. Le fabuleux travail d’acteur de la comédienne Essie Davis et du gamin Noah Wiseman y sont pour beaucoup. Puis, la fascination naîtra de la façon dont la réalisatrice insuffle les éléments fantastiques à son récit. Ce Monsieur Babadook, monstre issu d’un conte pour enfants, surgit dans l’histoire comme un pop-up dans un livre. Il est l’intrusion du danger dans ce que l’on croyait sûre et solide : la famille, la maison… Il est l’incarnation du mal, ce mal qui ronge cette mère et son enfant qui devront lutter ensemble pour le maîtriser, le comprendre, l’accepter… Film hautement métaphorique sur le deuil, l’acceptation de ses peurs et l’apprivoisement de ses démons, Mister Babadook sait toujours parfaitement doser ses effets pour nous retourner l’estomac et le cerveau. En plus de maîtriser parfaitement le vocabulaire horrifique, Jennifer Kent offre donc à son film un vrai cœur qui bat. Bouleversant.