Home Cinéma Alone – Top 2020

par | Déc 30, 2020 | Dossier

Sortir de 2020, c’est un peu comme remonter à la surface après avoir creusé la merde sous terre pendant plusieurs mois. Sauf que le trajet est long les gars, et il va falloir bêcher du caca encore un bon moment pour respirer à l’air libre. 2021, ce sera donc ça : ce trajet pour remonter. Mais vous savez ce qu’on dit : c’est pas la destination qui compte, mais le voyage. Utilisons donc ce temps enfermé pour sortir plus grand que l’on est rentré. 

Qui dit confinement, dit films, beeaauuucoup de films. Et si la fermeture des salles de cinéma n’a pas aidé à faire de 2020 une année prolifique en terme de nouveautés (quoi que…), force est d’admettre que quelques pépites inédites ont su se frayer leur chemin en SVOD et vidéo. Et curieusement, ce top reflète, au niveau de ses thématiques, parfaitement ce que fut 2020 : isolement, enfermement, violence physique et médiatique, démonstration d’une société malade, fin d’un monde et, bien sûr, l’invisible qui tue…

 

I See You

Adam Randall

Peeping Tom, Fenêtre sur Cours, Blow Up… Ce n’est pas pour rien si nombre de films ayant pour thème principal le voyeurisme sont autant resté gravés dans la mémoire collective. Le cinéma est avant tout un art de regards. Regards des personnages, regard du réalisateur, regard de la caméra… Et lorsqu’un protagoniste en observe un autre à son insu, cela nous renvoie irrévocablement à notre position de spectateur. En digne héritier moderne des films susmentionnés, I See You emmêle ses pistes narratives et multiplie les interrogations. En somme, le film joue constamment avec la notion d’angle de vue, et donc de compréhension. Celui que le réalisateur nous indique, celui que nous décidons d’emprunter… Un thriller horrifique paranoïaque de haute volée. 

Relic

Natalie Erika James

La disparition d’une grand-mère amène une mère et sa fille à retourner dans la maison familiale afin de la retrouver. Si elle revient finalement après quelques jours d’errance, elle ne semble plus du tout être la même… Ce petit conte macabre est la première réalisation de l’australienne Natalie Erika James. Après avoir déposé le spectateur sur des rails bien connues (celles du film de maison hantée), Relic mute progressivement en une métaphore monstrueuse sur la communication familiale, la maladie et le deuil. À la manière d’un Hérédité ou d’un Mister Babadook, l’horreur et le fantastique naissent ici des failles et tortures intérieures de nos protagonistes. Doux, élégant et terriblement touchant.

The Gentlemen 

Guy Ritchie

Égaré depuis plusieurs années dans des productions grand public plus (Sherlock Holmes) ou moins (Aladdin) réussies, le cinéaste anglais Guy Ritchie revient ici à ses premiers amours, à savoir le film de gangster teinté d’humour noir. En perdant les contraintes du film de major, il retrouve l’irrévérence jouissive qui a fait la gloire de ses premières réalisations. Casting démentiel, écriture aux petits oignons et rythme frénétique, The Gentlemen est un délice de chaque instant. 

Exit

Rasmus Kloster Bro

Une journaliste danoise en visite sur les chantiers souterrains du métro de Copenhague se retrouve bloquée sous terre après un gave accident. S’en suit alors une impitoyable descente aux enfers, âpre et inéluctable. Exit (aussi connu sous le nom de Cutterhead) est un cauchemar sans fond. Le supplice vécu par le personnage principal (incroyable prestation de Christine Sønderris) transpire chaque image, jusqu’à un final tétanisant dans son absence totale de concession. Teinté d’une étude sociale aussi fascinante que déprimante, Exit est un grand survival… suffoquant, tendu et nihiliste au possible.

Le Diable, Tout le Temps

Antonio Campos

Adapté du génial roman de Donald Ray Pollock, Le Diable, Tout le Temps se veut le portrait d’une Amérique sombre et gangrénée par la guerre, la pauvreté et la religion. Au contact de ces 3 éléments accumulés, les personnages laissent parler leurs démons les plus enfouis. Long, riche et ambitieux, le film choral de Antonio Campos est  l’étude fascinante d’un pays contrasté, où les destins se mêlent et se démêlent, régis par la peur de leur prochain. Comme l’apprendra Arvin (point d’attache du spectateur, campé par un Tom Holland parfait) : dans ce monde poisseux où même les institutions sécuritaires (les forces de l’ordre, l’église) sont le foyer des vices les plus insondables, difficile d’avancer vers la lumière sans se salir les mains. 

 

The Lodge

Severin Fiala & Veronika Franz

Isolés dans un chalet enneigé, deux enfants et leur nouvelle belle mère n’ont pas d’autre choix que de cohabiter, le papa étant parti pour affaires urgentes… Même si les chers bambins n’ont pas vraiment confiance en cette énigmatique jeune femme au passé trouble. Après Goodnight Mommy, un premier film sympathique mais assez surestimé, le couple de réalisateurs autrichiens revient enfoncer définitivement le clou du mal-être familial. The Lodge, c’est un peu un Shining où il serait impossible de déterminer en qui la folie est en train de germer. Ici, la peur de l’extérieur se mêlent aux angoisses intérieures de chacun pour créer un effet boule de neige jusqu’à un dernier plan ultime, froid et imparable.

Starfish

A.T. White

Récit fantastique métaphorique traversé de quelques belles fulgurances horrifiques, Starfish est une épopée intimiste bouleversante qui suit l’histoire de la jeune Aubrey, dernière âme humaine errante dans un monde hostile et dévasté. Si vous n’êtes pas hermétique au côté très « hypster-indé » du projet, sa puissance poétique et figurative vous transportera au-delà des étoiles. Producteur, scénariste, réalisateur et compositeur du film, l’anglais A.T. White a dévoilé lors d’interviews à quel point ce film était important pour lui. Faisant écho à ses expériences personnelles et aux épreuves rencontrées dans sa vie, Starfish est une sorte de catalyseur artistique au sein duquel il a enfermé ses angoisses, ses peurs, ses tristesses, pour mieux faire éclore l’espoir d’un futur lumineux. En faisant ce film sur le deuil et la solitude, l’artiste entreprend donc de sonder son âme, et celle du spectateur avec.

3 From Hell 

Rob Zombie

Rednecks psychopathes, poussière épaisse, violence acerbe et langage fleuri… Vous êtes ici chez Rob Zombie ! En décidant de donner une suite à son chef d’œuvre The Devil’s Rejects, le cinéaste et musicien américain a pris de court la sphère de la cinéphilie déviante, la conclusion du volet précédent n’appelant à aucun moment une séquelle. Mais le bonhomme a de la suite dans les idées, et si 3 From Hell n’atteint jamais la perfection malsaine et définitive de The Devil’s Rejects, il n’en reste pas moins absolument jouissif et vigoureusement rock’n’roll. Se laissant aller à quelques expérimentations tonales et visuelles bienvenues, Rob Zombie utilise son film comme un immense terrain de jeu pour enfants pas sages, où la violence, l’immoralité et la vulgarité sont les maîtres mots. Je ne suis peut être pas objectif (le film s’est fait démonter de toutes parts par la majorité du public) mais bon sang qu’est ce que j’ai pris mon pied ! Rah, rien que d’y repenser et je me dis que je ne suis pas fou : ce sont les autres qu’ont de la merde dans les yeux. 

The Hunt

Craig Zobel

Rarement une œuvre aura aussi bien saisi l’absurdité de son époque. La cacophonie autour de la sortie du film aux US (plusieurs associations chrétiennes et républicaines y ont « vu » une apologie de la violence) ne fait que confirmer que The Hunt tape là où ça fait mal, sans retenue et avec une précision chirurgicale. Ce Hunger Games pour adultes inverse la donne en donnant le mauvais rôle à des personnages démocrates et progressistes (les chasseurs) et la position de victime à des républicains douteux (les chassés). Et c’est là tout son génie. En jouant avec nos aprioris, le film crache en fait un énorme mollard sur la bienséance écœurante qui gangrène notre société moderne. En montrant le mode de vie progressiste des démocrates comme un vase clos aussi obtus que tout le reste, Craig Zobel prouve l’universalité de la bêtise et expose comment, dans un monde où l’information n’a jamais été aussi facile d’accès, l’ignorance surplombe tout. Ah oui et sinon, le film fait preuve d’une violence décomplexée folle et la filme avec une véritable maestria. La preuve ultime qu’il est possible d’allier plaisir bis stratosphérique et discours politique percutant.

The Invisible Man

Leigh Whannell

Comparse de longue date de James Wann, Leigh Whannell commence enfin à sortir de l’ombre et expose doucement mais sûrement son talent indéniable pour l’écriture et la mise en scène. Après un Upgrade qui mettait KO la plupart des blockbusters de SF de ces dernières années avec un budget 100 fois moins conséquent, il plonge ici corps et âme dans la réappropriation d’un mythe du cinéma. Et Dieu sait que ce n’est pas chose aisée. Mais le fait est que Whannell, en plus de parfaitement comprendre les mécanismes de la peur au cinéma, a su insuffler un discours moderne hautement pertinent découlant avec une logique imparable de son sujet : l’invisible. En plus de se payer le luxe d’être tout bonnement terrifiant, le film déverse donc sans déborder un pamphlet aiguisé sur le harcèlement, le sexisme et la folie. Produit par Blumhouse, The Invisible Man est, en quelque sorte, le film de studio parfait, en ce sens où le confort budgétaire est ici allié à une liberté d’écriture, de ton et de style indéniable.