Hello Darkness, My Old Friend – Critique de The Visit

par | Fév 18, 2017 | Critique | 0 commentaires

The Visit – M.Night Shyamalan – 2015

Nous avions peut être un peu vite enterré M.Night Shyamalan. Il est vrai qu’après plusieurs films très ratés, il fut difficile de garder espoir en un cinéaste qui avait jadis su nous satisfaire avec son goût pour l’étrange et l’inattendu. Heureusement, avec The Visit, il revient aux fondements même de son cinéma.

La fille à la caméra

Souvent casqué de prévisible et mégalo, M.Night Shyamaln est, il est vrai, un cinéaste inégal. Génie pour les uns, imposteur pour les autres, force est de constater qu’il fut l’une des pierres angulaires du cinéma fantastique des années 2000, avec des films aussi emblématiques que Sixième Sens ou Incassable. Aujourd’hui, et après deux gros films de studio médiocres (Le Dernier Maître de l’Air et After Earth), Le réalisateur revient à un cinéma à petit budget et retrouve, avec The Visit, ce fantastique intimiste qui lui est cher. Mais la réussite du projet n’était pas pour autant évidente, en particulier parce que le cinéaste use ici d’ un procédé casse-gueule : le found footage. En effet, si une poignée d’œuvres ont su prouver les qualités et le potentiel immersif de cette méthode de mise en scène (Le Projet Blair WitchRec, Diary of the Dead …), beaucoup d’autre l’ont souvent utilisé comme un cache-misère opportuniste (la saga Parnormal Activity à partir du deuxième film…). Mais Shyamalan n’est pas un débutant et, s’il est vrai que son cinéma manque parfois de profondeur et a tendance à verser dans le sensationnalisme, il reste un excellent metteur en scène dont la volonté inébranlable de raconter des histoires l’impose comme un artiste complet. Heureusement, avec The Visit, il s’en sort brillamment en embrassant totalement les possibilités apportées par le found footage et parvient à articuler de façon fluide et organique son histoire tout autour.

A cause d’une dispute familiale, Becca et Tyler n’ont jamais connu leurs grands-parents, jusqu’au jour où ceux-ci manifestent l’envie de les voir. Envoyés par leur mère pour un séjour dans leur maison à la campagne, Becca décide de filmer cette première rencontre. C’est donc à elle que Shyamalan confie sa mise en scène. Il est bien connu que le réalisateur aime jouer avec les apparences, au point même de s’être imposé au fil des années comme le représentant le plus évident du « film à twist ». L’art de manier les images et de manipuler le spectateur ne lui est donc pas inconnu. Et il est vrai qu’en y réfléchissant bien, le found footage semble être totalement en adéquation avec sa manière d’aborder le cinéma, tant il va de paire avec ses obsessions et ses thèmes de prédilection. Puisqu’ici, la caméra est intra-diégétique et que les personnages savent qu’ils sont filmés, cela modifie leurs actions, leur comportement… Le règne des faux-semblants n’en est donc que plus puissant. Le réalisateur joue avec nos attentes et utilise une fois de plus sa mise en scène comme un véritable outil de manipulation. Le fait qu’une ado de 15 ans soit derrière la caméra impose une certaine retenue, une sorte de réalisme forcé de la mise en scène que Shyamalan applique scrupuleusement. De plus, Becca est une passionnée de cinéma documentaire, ce qui justifie son sens du cadrage et écarte habilement le problème du « cadreur amateur qui filme étonnamment bien ». Mais le film n’est cependant pas exempt de quelques dérapages. C’est le cas lors de l’improbable séquence de cache cache dans les fondations de la maison ou de la scène finale dans la chambre de la grand-mère, sortes de passages horrifiques forcés et illisibles.

T-Diamond

Les jeunes comédiens Olivia Delonge et Ed Oxenbould incarnent à merveille ces deux ados dont les regards et les émotions dirigent le film. Le petit frère, Tyler, est, à ce titre, un personnage plus complexe qu’il n’y paraît. S’il possède une insouciance enfantine et offre à l’intrigue un humour très bien venu et des ruptures de ton maîtrisées, il trimbale aussi son lot d’angoisses et de blocages émotionnels. Rebecca, quant à elle, se voudrait déjà adulte. Elle se pose en médiatrice des relations familiales, utilisant les interviews comme des thérapies cherchant à exorciser les peurs de chacun. Mais à trop vouloir percer les failles des autres pour ne pas faire face aux siennes, elle finira par se réveiller ses démons. Ces vacances éprouvantes pousseront donc cette marmaille à grandir et à surpasser le traumatisme lié à l’abandon de leur père. Shyamalan a toujours aimé faire en sorte que son film en cache un autre et il camoufle ici habilement un drame familiale touchant à l’intérieur de son film d’épouvante. Rappelons que The Village, déjà, était un conte fantastique qui abritait en son sein un drame romantique.

Au fil de l’intrigue, les enfants deviendront témoins des comportements de plus en plus étranges de leurs grand-parents. Avec The Visit, Shyamalan arrive brillamment à capter l’ambiguïté et le côté subjectif de la peur. En effet, pour deux gamins de la ville, se retrouver dans un cottage de campagne avec deux personnes âgées a déjà, en soit, un côté effrayant. La dégénérescence des corps, la paranoïa, l’incontinence sont autant d’aspects de la fin de vie qui sont ici poussés petit à petit jusqu’à leurs points de rupture. Ce qui nous conduit au twist final. Bien que cohérent et bien amené, il apporte une certaine fragilité au film. Le réalisme de l’histoire en prend un coup et les méthodes employées pour retarder sa révélation sont parfois grossières. Bien que l’on sente le savoir-faire du cinéaste, de nombreuses maladresses et des fragilités de script pousseront bon nombre de spectateurs à deviner le fin mot de l’histoire avant le moment voulu. Comme souvent donc, le twist est ici à la fois la force et la limite du réalisateur.

The Visit est un bon film d’horreur dans lequel l’intensité de la terreur va de paire avec l’intérêt que nous portons aux personnages. Bien que maladroite, il s’agit probablement de l’une des œuvres la plus touchante de Shyamalan, qui se détache de la sophistication (parfois excessive) de ses précédents films en léguant symboliquement sa mise en scène à l’un de ses personnages. Savoir prendre du recul et rester humble, voilà une leçon de vie que l’on attendait pas de la part de M.Night Shyamalan. The Visit laissera au spectateur la sensation d’avoir vécu un séjour éprouvant lors d’une intrigue à la fois sombre et belle, à l’image du très mélancolique plan final : celui d’une fille qui a grandit et d’une mère, à jamais triste.