Hallucinations Collectives 2018 – Bilan & Vidéo

par | Avr 6, 2018 | Dossier, Vidéo | 0 commentaires

Du 27 mars au 2 avril dernier s’est tenu la onzième édition des Hallucinations Collectives et le moins que l’on puisse dire, c’est que le festival lyonnais ne s’est pas assagit avec l’âge, et ce, pour notre plus grand plaisir de spectateur. Retour sur une folle semaine de cinéma.

Best Witches

Cette année, le festival était placé sous le signe de la sorcière, avec la diabolique rétrospective Sabat Matter. Au programme donc, des flammes, du pentacle, des regards possédés et de l’incantation satanique qui décrasse grave la rétine. C’est l’hypnotique et sous-estimé The Lords of Salem de Rob Zombie qui a ouvert la danse avec ses incroyables visuels venus tout droit des enfers. Le rituel s’est ensuite poursuivit avec Baba Yaga, qui a ravi les amateurs de bis italien qui sent bon les seventies. Puis ce fut au tour de Season of The Witch de George Romero, qui sait définitivement y faire quand il s’agit de critiquer les affres de la société par le prisme du genre, et ce, même en laissant ses zombies de côté. Et enfin, petit dernier de la sélection mais pas des moindres : Kissed de Lynne Stopkewich. Ce fut, me concernant, le plus gros choc de ce festival. Capable de marquer au fer rouge le cœur du spectateur le plus endurci, Kissed accomplit l’exploit de chambouler nombre de nos acquis sur le cinéma et la vie en seulement 1h20. Malgré un sujet de base on ne peut plus morbide (la nécrophilie), ce morceau de poésie sur pellicule déborde de lumière et est transcandé par la beauté fulgurante de son actrice principale, Molly Parker, qui nous ensorcelle du premier au dernier regard. Un grand moment de cinéma subversif.

Le club des 8

Les Hallucinations Collectives, c’est également une compétition de longs métrages et nous avons eu droit cette année à une sélection officielle de huit films, tous diffusés en avant première. Commençons par les petits cancres : on oubliera très vite Satan’s Slave, le nouveau film de l’indonésien Joko Anwar (après Modus Anomali), copie cheap et sans saveur des pires productions Blumhouse. On ne retiendra pas non plus le japonais 3 Feet Ball and Souls qui, malgré son pitch prometteur (un groupe de personnes suicidaires se réunissent pour s’ôter la vie ensemble mais finissent pris dans une boucle temporelle les condamnant à revivre leurs derniers instants à l’infini), ne cesse de s’embourber dans des dialogues à rallonge et se clos sur une séquence finale à la ramasse. Plus maîtrisé mais non moins oubliable, Tigers Are Not Afraid (récemment récompensé lors du PIFFF) ne manque pas d’idées visuelles saisissantes mais le jeu d’acteur trop aléatoire des enfants et une poésie trop grossièrement appuyée empêche au film de vraiment décoller. Toujours dans la catégorie « ça en touche une sans faire bouger l’autre », nous trouverons The Cured de David Freyne, qui, s’il accuse un cruel manque de rythme et une terrible absence de personnages attachants, a au moins le mérite d’apporter du sang neuf et des idées fraîches au film d’infectés.

Côté réjouissances, signalons le film coup de poing Une Prière Avant l’Aube de Jean Stéphane Sauvaire, présenté en séance d’ouverture. Ce film de prison au réalisme éreintant nous entraîne dans la descente aux enfers d’un jeune anglais (superbe Joe Cole) mis sous les barreaux d’une prison thaïlandaise. Niveau immersion suffocante, ça se pose là, et on en ressort éreinté et transpirant. On retiendra également le magnifique Jersey Affair, que le Jury Presse a très justement choisi de récompenser. Ce tétanisant premier film (qui n’a rien d’un coup d’essai) nous emmène dans les eaux troubles de l’amour et brouille habilement les pistes d’une intrigue paranoïaque évoquant fortement le cinéma de Polanski. Un petit bijou de beauté noire. A noter que le film sortira en salles le 18 avril. Quant au grand prix de la compétition, laissé au regard affûté du public lyonnais, il fut décerné au film d’animation franco-japonais Mutafukaz, adapté de la BD du même nom. Un prix qui semble mérité (je n’ai malheureusement pas vu le film) tant l’expérience proposée semble folle, colorée et décalée.

Adorations filmiques

Cette année, le festival a offert une carte blanche au cinéaste belge Fabrice Du Welz, qui a pour l’occasion choisi trois magnifiques objets de cinéma, dont deux ont pu être découverts en pellicules 35mm. Le premier de la portée fut Péché Mortel (Leave Her To Heaven en vo) de John M.Stahl. Véritable tragédie d’amour, ce film du vieil hollywood méritait bien cette (re)découverte auprès du public, qui fut immédiatement ensorcelé par une Giene Tierney tour à tour diabolique, vénéneuse et boulversante. Comme l’a dit lui-même Fabrice Du Welz, « Leave Her To Heaven est un sommet de beauté et de cruauté. On ne se remet pas de ce film. Impossible. » Puis, ce fut l’éprouvant Breaking The Waves de Lars Von Trier qui a laissé la salle du Comœdia sur le carreau avec ses vagues d’émotions brutes et déchirées. Enfin, le troisième choix du metteur en scène s’est porté sur L’Inconnu de Tod Browning, magnifique préambule à Freaks (qui sortira cinq ans plus tard) diffusé dans sa version totalement muette (aucune musique !) et donc dans une salle religieusement silencieuse… Rarement l’incroyable pouvoir d’évocation des images du cinéaste américain fut si évident. Une superbe expérience de cinéma.

Avec ces trois mélodrames sombres et possédés, le réalisateur de Calvaire et Alleluia nous a offert une sélection dont les thématiques ont inévitablement renvoyé à sa propre filmographie : des histoires d’amour impossibles, d’amour dévorant, d’amour qui brûle, qui consume, qui détruit et qui, parfois, fait renaître.

Ajoutons à cela une compétition de courts métrages (remportée par le film d’animation suédois Min Borda), une rétrospective thématique A Travers le Miroir, une soirée double programme Chic Corée et l’habituel délicieux Cabinet des Curiosités,  et nous obtenons une bien belle potion de cinéma, empoisonnée mais irrésistible, concoctée par une équipe en or. Un véritable elixir pour les pupilles dont la dernière gorgée fut le nouveau film de Ryuhei Kitamura (Midnight Meat Train), Downrange, sympathique série B gore et jouissive qui voit un groupe d’adolescents se faire prendre en chasse par un sniper sur une route désertique. Sorte de road movie statique et malsain, Downrange fut le choix idéal pour une séance de clôture. Ce que le public, hilare, a bien confirmé.

Avec un tel programme, les Hallucinations Collecives se sont une nouvelle fois imposées comme le parfait remède contre une industrie cinématographique parfois sclérosée et frileuse… En attendant une douzième édition que l’on dégustera sans hésiter.