Black is the New Black – Critique de Get Out

par | Avr 11, 2017 | Critique | 0 commentaires

Get Out – Jordan Peele – 2017

Hallucinations Collectives 2017 – Film d’ouverture

S’il y a bien un film d’horreur qui est sur toute les langues dernièrement, c’est Get Out. Grâce à son énorme succès critique et publique aux Etats-Unis, cette péloche horrifique sur fond de satire sociale sortira en salle chez nous le 3 mai prochain. Mais alors, que se cache-t-il vraiment derrière le phénomène Get Out  ?

Le Rouge et le Noir

S’étant donné comme ligne de conduite la production de films aux budgets limités mais soutenant des concepts forts, Blumhouse Pictures a réussi à instaurer son règne dans le milieu du cinéma de genre actuel. Si la qualité des films produits par Monsieur Jason Blum est souvent aléatoire, le bonhomme est parvenu, avec la résurrection de Shyamalan qu’il a opéré en produisant The Visit et Split, à combler ce qui avait tendance à lui manquer jusque là : un succès critique et une vraie reconnaissance chez les cinéphiles. Chose qui se confirme ici avec Get Out, véritable phénomène horrifique et énorme succès chez nos amis les américains. Réalisé par Jordan Peele, moitié du duo comique américain Key & Peele, le film raconte l’histoire de Chris (génial Daniel Kaluuya), un jeune afro-américain parti en week-end avec Rose, sa petite amie blanche, pour faire le rencontre de ses beaux parents. Si, de prime abord, tout le monde semble gentil et ouvert d’esprit sur la question raciale, Chris va vite se rendre compte que, dans cette petite bourgade américaine, quelque chose ne tourne pas rond.

Ce qui frappe , de prime abord, c’est l’originalité du pitch. Certes, dans ses fondements, Get Out ne propose rien que l’on est jamais vu auparavant mais à l’heure où films de possessions et found-footage sont à la mode, il est bon de découvrir un projet proposant un concept simple mais fort et qui vise à explorer pleinement les idées que celui-ci offre. Très vite, et après une scène d’introduction très efficace et qui semble tout droit sortie d’un film de Carpenter, Get Out parvient à installer un climat suffoquant et ambigu. Jordan Peele injecte le malaise dans nos veines par le biais d’une mise en scène aiguisée et une approche paranoïaque de la narration évoquant souvent Hitchcock et Polansky. Pour un premier film et une première excursion dans le genre horrifique, on peut dire que le comique américain s’en sort avec les honneurs. Il se démarque du tout venant et nous introduit, à travers le regard de Chris, à ce milieu nauséabond de la bourgeoisie blanche des banlieues américaines qui, a force de vouloir montrer qu’il n’est pas raciste, le devient.

Black Out

Cependant, Get Out est loin d’être parfait et souffre notamment d’un écriture maladroite qui lui inflige un rythme bancal. Comme nous l’avons dit, la mise en place est très efficace et la montée de la tension réussie, mais le film tire parfois en longueur et Jordan Peel manque souvent de finesse lorsqu’il s’agit de semer les indices de son dénouement final. En effet, nous comprenons assez vite où tout cela va nous mener mais le film insiste longuement sur un suspens qui n’en devient qu’artificiel et laisse paraître des mécanismes un peu rouillés. De plus, l’intrigue s’encombre d’un personnage secondaire très dispensable dont les interventions humouristique malvenues viennent hacher le rythme et détruisent une unité de lieu qui aurait pu donner à Get Out l’aspect claustrophobique qui lui manque tant.

Puis, Get Out se perd malheureusement dans un troisième acte grand-guignolesque qui vient arracher une crédibilité et une tension brillamment installées durant les deux premiers tiers du film. Jordan Peel n’a malheureusement pas l’intelligence d’allier son action à son propos et n’offre finalement qu’une psychologie simpliste à la famille de Rose, jusque là effrayamment captivante. Ces êtres étranges et malsains ne deviennent à l’arrivée plus que de vulgaires boogeymen uniformes. Même Chris, notre héros oppressé et attachant, se referme avant de laisser le spectateur pénétrer dans sa folie vengeresse. Ce lissage des personnages reste peut être la plus grosse erreur d’un film qui ne manque pour autant pas de qualités et de cœur.

Bilan mitigé donc pour ce Get Out qui parvient a insuffler au spectateur une angoisse grandissante mais assez vite diminuée par des longueurs et des choix de script pas très judicieux. Si le succès du film outre-Atlantique peut paraître démesuré, en est-il pour autant critiquable ? Pas sûr, car ce qui transparaît à travers la victoire publique et critique aux Etats-Unis de Get Out, c’est la volonté d’une société qui, après l’oscarisation de Moonlight, montre qu’elle refuse de se plier au lavage de cerveaux (bien réel celui-ci) et à la stigmatisation dangereuse vomie par son président. Qu’il est bon de constater alors que l’art peut toujours autant susciter la réflexion par le divertissement et se poser comme un cri de contestation contre la bêtise humaine.