La Grimace du Vieux Singe – Critique de Kong : Skull Island

par | Mar 15, 2017 | Critique | 0 commentaires

Kong : Skull Island – Jordan Vogt-Roberts – 2017

Après le Godzilla de Gareth Edwards, Legendary continue l’exploration de son « Monster Cinematic Universe » avec Kong : Skull Island, un blockbuster plutôt catastrophique qui accuse les conséquences d’une production chaotique.

Apocalypse Kong

Il en aura fallu du temps, pour que Kong pointe le bout de son nez ! Généralement, pour un film, les conflits d’intérêts et les reshoots ne présagent rien de bon et Kong : Skull Island n’échappe pas à la règle. Conséquence de ses réécritures successives, le film affiche pas moins de quatre scénaristes au générique et, fatalement, c’est par son scénario qu’il pêche le plus. Bourrée de raccourcis et de clichés, l’histoire n’est qu’un vague prétexte pour balancerà la gueule du spectateur des scènes d’actions sans âmes et des références ultra rabâchées. Pourtant, cela commence plutôt bien et, là où le médiocre Godzilla de Gareth Edwards se perdait dans des scènes d’expositions interminables, Kong prend le parti pris de plonger directement le spectateur dans le feu de l’action. Les vingts premières minutes du films, très bien rythmées, nous exposent de façon ludique les enjeux et les personnages. Malheureusement, la suite ne sera pas au niveau.

Au départ censé se passer dans les années 20, l’intrigue prend finalement place en pleine période de guerre du Vietnam. On sent bien que le réalisateur (le sûrement très malléable Jordan Vogt-Roberts) prend un malin plaisir à ressortir toute l’esthétique liée aux films se déroulant durant cette période. Il est vrai que notre fibre nostalgique est, par moments, habilement titillée à travers quelques scènes réussies et de très beaux plans (on pense souvent à Apocalypse Now, Platoon, Full Metal Jacket…). Mais, faute de véritable partis pris artistiques et narratifs, le film ne parvient jamais à voler de ses propres ailes et se contente d’être un patchwork de ces références. Cette absence de substance et de scénario solide, Kong le compense par une surenchère de « money-shots » et de scènes spectaculaires. Il devient vite évident que le film n’a lieu d’être que pour ces « moments », tant le reste (les dialogues, les personnages…) est à la ramasse. Kong : Skull Island peine à raconter une histoire un minimum intéressante et se contente ainsi d’afficher à l’écran son énorme budget et les belles gueules de ses acteurs. On sent bien l’envie des studios et du réalisateur de proposer bons nombres de moments iconiques et de combats titanesques mais le problème, c’est que ces séquences se retrouvent souvent posées au beau milieu de l’intrigue sans raison valable et pourraient facilement être retirées de la bobine sans que l’histoire n’en pâtisse.

Tom de Brie

Une scène d’action, aussi spectaculaire soit elle, ne peut avoir d’impact sur le spectateur si celui-ci ne se sent pas un minimum concerné par ce qui se passe à l’écran. Car c’est dans l’implication émotionnelle du public que résonne la puissance des combats et des explosions. Malheureusement, ici, il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent. Au mieux lisses et inexpressifs, au pire absolument insupportables, ces aventuriers du dimanche ne sont finalement rien d’autre que de vagues archétypes vu milles fois auparavant. Et ce n’est pas faute d’avoir droit à un casting cinq étoiles, l’on sent bien que les acteurs font ce qu’ils peuvent pour composer avec leurs personnages, à peu près aussi intéressants et charismatiques que des huîtres mortes. Le héros campé par Tom Hiddleston, censé être un aventurier/leadeur courageux et expérimenté, ne prend jamais vraiment de décision et n’a, de fait, aucun véritable impact sur l’intrigue. Il se contente tout au plus de prendre quelques postures héroïques et de dragouiller Brie Larson. L’actrice, quant à elle, se démène tant bien que mal pour donner vie à cette photographe supposée pacifiste et anti-guerre mais qui ne bronche à aucun moment quand les militaires bombardent l’île dés leur arrivée. On passera vite sur le scientifique joué par John Goodman, présent juste pour mettre l’intrigue sur les railles et qui n’a très vite plus rien à offrir.

Kong : Skull Island compte aussi un nombre incroyable de personnages secondaires totalement inutiles, dont celui de l’actrice chinoise Tian Jing, uniquement ici pour assurer au film un beau score sur le marché chinois. Au final, le seul protagoniste qui possède un minimum de substance est celui interprété par Samuel L. Jackson, militaire à l’humanité défaillante, accro à la guerre et qui ne sait vivre autrement que dans le frisson que lui provoque la destruction de son prochain. Quant à King Kong, puisque c’est quand même de lui dont il est question, là ou Peter Jackson avait choisit d’humaniser le gros singe, permettant ainsi au public de s’y attacher, Jordan Vogt-Roberts choisit de mettre en avant son aspect divin et iconique. Si ce choix s’avère payant par moment, offrant quelques uns des plus beaux plans du film, le revers de la médaille fait que cela créé fatalement une barrière émotionnelle avec le public, qui peine à ressentir une quelconque empathie pour la grosse bête.

Que reste-t-il alors de ce Kong : Skull Island ? Quelques très beaux plans, une ambiance rétro de cinéma 70’s assez réussie et la sensation pas désagréable de regarder une série B écervelée au budget titanesque. Mais cela reste bien maigre face aux énormes tares d’un film qui n’est guère qu’un prétexte permettant au studio de poser une pierre de plus à son empire lucratif de franchises filmiques. La « marvelisation » du cinéma hollywoodien est en marche.